31 Décembre 2008. Cela faisait maintenant .. 7 mois, dirons nous, que j'avais mes places, gardées bien au chaud dans une pochette plastique glissée sous mon oreiller. Pas un soir n'échappait à la règle : une fois sous la couette, je contemplais ce bout de papier pendant de longues minutes, et me plaisait à imaginer tous les scénarios possibles et irréalisables qui allaient se produire ce fameux soir de la Saint - Silvestre. Pourtant, ce que je vécu cette nuit-là ne m'avait jamais - Oh! Grand Jamais - effleuré l'esprit. Qui l'aurait cru... Non, non, parmi mes rêves groupiistes, rien de tel ne s'était présenté. Et je ne cesse de me demander, chaque seconde que je passe dans ce rêve bien réel, si je mérite cette vie..
« Louuuuuuuuuuuuuuuuuu' ! Hiiiii !! ... Lou ? Louuuu ? Allô ? Hé, t'es là ? Bah, merde, le téléphone déconne. Lucas, kestafutü avec mon portable ?!!! » C'était mon hystérique de cousine. Victoria & moi, on partage la même passion depuis un peu plus de deux ans : toutes deux folles de la musique du groupe allemand le plus en vogue du moment. On a traversé des moments difficiles, moqueries et regard des autres, mais par-dessus tout, on continue à croire que cette découverte musicale est la plus belle chose qui nous soit arrivée. Tokio Hotel, ça nous a réellement rapproché. Et c'est tant mieux, parce que Vickie fait office de meilleure amie, dans ma petite existence. Je l'adore, vraiment, sauf quand elle me réveille un jour de vacances à 6h du matin.
« Nan, Vickie... Je... Je suis là, au bout du fil. Juste, comment dire... ENCORE ENDORMIE ! ».
Bafouillant de brèves excuses, Victoria me rappella le plus hystériquement possible que le Jour J était arrivé, et que j'étais encore en pyjama dans mon lit douillet. Ca y est, après 7 longs mois d'attente, nous y étions enfin. Ce soir, le groupe se produirait au zénith de ma région, pour le plus festif de leurs concerts jamais produits jusqu'ici ! Sitôt notre décision arrêtée, je sautai de mon lit, de bonne humeur, ce qui me surpris, dans un premier temps. Le but était d'arriver sur place dans une heure. Un délais que je m'engageai à respecter auprès de la groupie que j'avais au bout du fil, en la congédiant gentillement.
Une demi-heure après, j'étais changée, maquillée, coiffée, le ventre au tiers plein, en un mot : prête. Il me restait à rassembler mes affaires, et à 6h50 j'étais devant la maison de Victoria. Il nous restait alors à prendre un bus, à 50m de là. L'attente pour le concert était longue et rapide à la fois. Nous étions frigorifiées, et malgré les couvertures de survie, je ne sentais plus mes pieds. Heuresement, nous avons sympathisé avec des filles dans la file, et nous discutions même avec les vigiles allemands chargés de nous nourrir. Trois chocolats chauds et 7h plus tard, le soleil me chatouillait le bout du nez et mon seuil d'hystérie était atteint : je ne pensais qu'à une chose : entrer dans le zénith ! Patiemment, j'attendais jusqu'à 17h, alors qu'il faisait nuit et que les portes allaient s'ouvrir, enfin. Vickie & moi étions plutôt bien placées, j'estimais notre place dans la fosse au 2e rang. Ensuite, tout s'enchaina très vite. Un bras en compote et une mèche de cheveux en moins, le bilan était plus positif que prévu, et nous étions effectivement au deuxième rang, côté Tom, comme je le voulais.
Le concert s'est déroulé magnifiquement bien. Les garçons étaient très émouvants, je me sentai tellement à l'aise dans cette ambiance rockeuse et mouvementée. On a eu le droit aux feux d'artifices, aux spots "2009", et un magnifique tableau à la fin : les gars nous ont achevé leur concert sur un An Deiner Seite tout feu tout flamme, et aux derniers accords, à minuit pile, ils se sont retournés, alignés : Georg, Tom, Bill, Gustav. Les lumières s'éteignent, seule résonne la voix du chanteur qui nous annonce le compte à rebours. Les 10 000 personnes présentes dans le zénith enchainaient avec entrain : Zehn, Neun, Acht ... Zwei, Eins.. NUUUUULL ! Un projecteur braquait alors quatre chiffres sur chacun des dos des garçons : 2, 0, 0, 9. Bel effet, les deux zéros pour les deux jumeaux ! Puis on eu droit à un riff déchainé de Tom, appuyé par la basse de Georg, accompagnés tous deux par une entrée de Gustav impressionnante. Personne ne comprit ce qui se passa, mais lorsque Bill commença a chanter, je su qu'une nouvelle chanson résonnait dans le zénith, composée pour l'occasion, en exclusivité mondiale, devant moi ! C'était magnifique. Je me sentais chez moi. Bill a traversé la foule, entouré de 3 vigiles. Il sillonnait les 5 premiers rangs en long et en large, et s'assurait de voir tout le monde. J'attendais patiemment qu'il s'approche de Victoria et moi, me demandant s'il allait nous jeter un regard. Et par surprise, il s'arrêta devant nous, et me lança un regard froid. Son sourire se stoppa dès lors qu'il croisa mon regard, et son expression devient glaciale. J'eu l'impression qu'il me fixait, pendant 5 bonnes secondes, ce qui me parût une éternité. J'ouvris la bouche de façon béate, et versa une larme. A ce moment là, Bill changea de direction et retourna sur scène. Victoria n'avait pas remarqué grand chose et continuait de crier des "GEOOOOORG" haletants. J'eu du mal à me ressaisir, et me dit finalement que je me faisais un film et que rien de tel ne s'était produit.
Victoria était intenable, elle sautait partout, était tellement heureuse... Mais elle se rendit vite compte que quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Elle eût la politesse de me demander ce qu'il se passait, mais n'écoutait pas la réponse, elle m'entrainait en courant vers la sortie des artistes. J'avais peur de voir Bill, si jamais nous arrivions à avoir un autographe - ce dont je doutais fort. Et s'il me reconnaissait ? Non, je délirais, je ne devais pas avoir bu ou mangé assez, je me faisais une montagne de souci sur quelque chose d'infondé. Voilà une heure maintenant que nous attendions, dans le froid, au milieu d'une quarantaine de filles toutes plus excitées que les autres. Je ne me sentais pas groupie à ce point, peut être très attirée par les garçons, c'est vrai, mais pas au point d'attendre toute une nuit pour un regard. Je privilégiais la musique, avant tout. Un vigile apparu, confiant aux adolescentes que les Tokio Hotel sortiraient par l'autre sortie. Victoria empoigna mon bras, mais je lui dit que je rentrerais seule avec la navette prévue ce soir là, qu'on se verrait le sur-lendemain, qu'elle y aille et me rammene un autographe. Quelque chose en moi me suppliait de ne pas se laisser entrainer vers l'autre sortie. Je décidai d'écouter cette petite voix intérieure et restait sur place, abandonnant ma cousine et les autres filles qui étaient déjà loin maintenant. En soupirant, je remarquai que je n'étais pas seule à être restée. Quelqu'un dont je ne distinguai que la forme accroupie semblait gelé par le froid devant la porte de sortie. Je ne l'avais pas remarqué avant, comme si elle s'était glissée ici en une fraction de seconde. La personne sanglotait, je voyais son corps trembler. Par gentillesse, je m'approchai en silence pour engager la conversation. Elle devait avoir mon âge je pense, ses bras nus étaient blancs et de longs cheveux noirs couvraient ses épaules. Je ne distinguai pas son visage, caché par une capuche appartenant à un joli tee-shirt manches courtes sombre. Osant une main sur son épaule, je lui dis : «Hé, besoin d'aide ?». Aucune réaction. Je tentai sans grande conviction un « Brauchst du Hilfe ?» . Pas de réponse, juste une main froide qui m'aggripa le bras et me le serra très fort, ce qui m'obligea à m'accroupir à côté de cette mystérieuse jeune fille, apparemment allemande. J'attendais une minute de plus en silence, ainsi, à même le sol. Le macadam me gelait les genoux, mais cette adolescente me préoccupait. J'osai un geste, délicatement, et me permis de passer deux doigts sur sa joue. Je sentis une larme, qui s'écrasa sur mon index. ,« Ca ne va pas ? Dis moi, parfois il est bon de se confier aux inconnus ». J'avais la chance d'être à quelques mots près bilingue, et n'eut pas de mal à me faire comprendre par cette jeune inconnue. Une voix assez grave me répondu : « Je t'attendais. » Mon sang se glaça. Cette voix, je la connaissais, et je n'en avais pas peur du tout, mais ce ton & des souvenirs lugubres surgirent. Mon Dieu. Etait-ce possible ? J'étais là, assise en silence à présent, sur du goudron froid, en pleine nuit, alors qu'il devait etre 02h30, un jour de l'An. Et il m'attendait, apparemment.